lundi 31 mai 2021

Warning !!! Hot torpedoes !!!





Les wagons-torpilles...

Quel amateur de chemins de fer pourrait se prétendre indifférent à la vue de ces 
véhicules si longs , si lourds , faisant  trembler le sol sous leurs innombrables essieux ...
Avec , à leur passage , cette odeur de métal chaud et cette chaleur encore  bien 
perceptible à distance malgré les tonnes de briques réfractaires embarquées et un 
calorifugeage poussé... ???

Voici une petite quarantaine d'années , j'étais parti à la découverte de ces colosses 
dans ce qui était encore , en Belgique et pour quelques années encore , la capitale
de la fonte et de l'acier : Charleroi.

Bien sûr , tout en parlant de torpilles ,  je ne résisterai pas au plaisir d'évoquer
le décor au centre duquel elles évoluaient , décor qui , hélas, fait aujourd'hui 
partie du  passé.



Les Forges et Usines de la Providence...

Les dernières décennies de la sidérurgie belge ont été marquées  par les incessants
changements de raisons sociales  consécutifs aux fusions d'entreprises et de bassins
sidérurgique.

Depuis 1979 et sa fusion avec "Thy-Marcinelle à Monceau (T.M.M.)  l'usine de 
"La Providence" appartenait au groupement T.M.P.  ( "Thy-Marcinelle & Providence ").
Cela devait pas durer : en 1980 , reprise par "Hainaut-Sambre" , et , en 1981 , fusion
avec Cockerill pour aboutir finalement à Cockerill-Sambre....




Les hauts-fourneaux de "La Providence" vus du terril de la Blanchisserie.
©Photo Jacques Quoitin.




C'est le long du canal de Bruxelles à Charleroi que se dressent les hauts-fourneaux de
La Providence . 

Le terril de la Blanchisserie constitue un observatoire de choix pour embrasser
du regard  les vastes installations de l'usine de Dampremy. 
Au moment de la prise de vue (1980) , les H.F. 3 et 6 sont encore en activité.

Et , en jetant un coup d'œil , du même point de vue , en direction de la ville , il
est aussi possible d'observer les convois de fonte desservant l'aciérie de Marcinelle.








En préparant mon "safari-photos" sur une carte , j'avais  été interpellé par la 
complexité géographique de l'environnement carolo :  jusqu'où s'étend Dampremy ? 
Où commence Marcinelle ?  
Et  Marchienne , c'est ici ? 
Ou là ?
Et Monceau ?





Le canal de Bruxelles à Charleroi et ses Usines... © Photo Jacques Quoitin.




Sur la rive nord du canal , face aux fourneaux , les installations de l'agglomération de 
la Providence , mise à l'arrêt en 1981.




L'agglomération de La Providence. © Photo Jacques Quoitin.





De gauche à droite  : le H.F. 5 , le H.F. 3 et le H.F. 6.
Le H.F. 4 , lui , a déjà disparu....© Photo Jacques Quoitin.





Ma première incursion  euh.. visite...  a eu lieu un dimanche... 
N' ayant pas  sollicité l'autorisation de pénétrer en ces lieux , j'espérais , en choisissant 
ce  jour , ne pas faire de mauvaise rencontre (je parle ici des agents de surveillance 
de l'usine....).







Wagons-torpilles aux pieds des H.F. 3 et 6. © Photo Jacques Quoitin.



Bernd et Hilla Becher , célèbres photographes  du patrimoine industriel,  ont 
immortalisé les fourneaux de Dampremy , au milieu de tant d'autres , dans leur 
célèbre ouvrage "Hochöfen" . 




Usines et Forges de la Providence .
© Archives photographiques de Charleroi.
Sur cette photo , on peut apercevoir , au milieu de la ligne de hauts-fourneaux ,
le H.F. 4 qui , lors de ma visite , avait déjà été démantelé.
A l'arrière-plan , un autre H.F. 4 , celui de l'usine de Marcinelle.



Seuls subsistaient , au moment de ma visite , les hauts-fourneaux  3 et 6 , illustrés par 
les Becher ainsi qu'un autre appareil , plus imposant et aussi d'allure plus moderne : le 
H.F. n° 5.


Une fois le pont sur le canal franchi , on bénéficiait d'un beau point de vue  sur les 
voies qui desservaient les H.F.  3 et 6  .




Dampremy. Les H.F.  3 et 6. © Photo Jacques Quoitin.





Les H.F. 3 et 6. Au fond , la tête du  H.F. 5. © Photo Jacques Quoitin.



A proximité , sur un faisceau de voies coincé entre le halage et la ligne des 
hauts-fourneaux , une dizaine de torpilles attendaient leur prochaine rotation.

Entourant ces dernières , les  tombereaux  destinés à répartir la charge du convoi 
lors du franchissement des ouvrages d'art et à compléter son freinage.




Dampremy. Début des années 80. Wagons-torpilles. © Photo Jacques Quoitin.






© Photo Jacques Quoitin.




© Photo Jacques Quoitin.




Ci-dessus , deux exemplaires des  premiers modèles de  torpille en Belgique , construits 
par la Demag ( Deutschen Maschinenbau-Aktiengesellschaft ) à Jünkerath en 1964 
pour "Espérance-Longdoz" et pour les "Aciéries et Minières de la Sambre  (AMS) ".

La société liégeoise avait au départ commandé 8 exemplaires de ces wagons-torpedos 
pour assurer l'alimentation de la toute nouvelle aciérie de Chertal à partir des hauts-fourneaux
de Seraing et Ougrée , distants de 22 km.

La flotte finira par compter 40 unités.




Torpille Espérance-Longdoz .
© Document de la Demag  à Jünkerath.



Leur longueur : 31,65 mètres.
La tare : 190 tonnes. La cuve est en effet garnie de  52 tonnes de briques réfractaires...
Il faut  éviter les déperditions de chaleur et faire en sorte que la température de la tôle 
extérieure n' excède pas 80 degrés !!!
Le tableau ABC de limite de charge les autorisait à 140 tonnes , ce qui nous donne un 
poids total de 330 tonnes....
Une pareille masse , avec une charge par essieu de 21t , devait reposer sur 16 essieux 
répartis sur quatre bogies. 


Un autre modèle ....



© Photo Jacques Quoitin.




© Photo Jacques Quoitin.






© Photo Jacques Quoitin.



Plus récente et moins imposante ,  cette torpille à cuve Thiriau reposait sur des 
bogies Demag ou Rolanfer.
Tare : 152 tonnes.
Limite supérieure de charge ABC : 110 tonnes.
Pour un poids total de 262 tonnes , supportés par 12 essieux.
Ce type de wagon était propre au bassin carolorégien avant les échanges de 
fonte entre bassins..




De retour , à vide , de l'aciérie...
© Photo Jacques Quoitin.




Hainaut-Sambre à  Montignies.


"Hainaut-Sambre" est le produit de la fusion de la "S.A. des Usines Métallurgiques du
Hainaut " à Couillet avec sa voisine de Montignies , la "Société Métallurgique de Sambre
et Moselle".

Le livre "Hauts-Fourneaux" des Becher évoque aussi cette société , dans un chapitre 
consacré aux "Divisions de Hauts-Fourneaux".
Le terme "Division" est évocateur : il faut dire qu'à Montignies ,  les H.F.  étaient au 
nombre de cinq.

Ce qui , hélas , ne les empêchera pas de se voir éteints entre 1984 et 1985....



Usine de Montignies. (Archives photographiques de Charleroi).






Montignies. 1980. Au pied des hauts-fourneaux.
© Photo Jacques Quoitin.





Usine de Montignies. 1980.
Au crochet de ce couplage de locotracteurs , une cuve longue Demag.
© Photo Jacques Quoitin.



Usine de Montignies. Halle de coulée de la fonte. © Photo Jacques Quoitin.





Hainaut-Sambre à Montignies. Torpille . © Photo Jacques Quoitin.



Sur ce modèle , la cuve Thiriau a laissé la place à une poche longue Demag.
Ces wagons n'étaient autorisés qu'à la navette entre les Hauts-fourneaux de Montignies
et l'aciérie TMP.


Thy-Marcinelle à Marcinelle.

C'est ici que se dresse celui qui sera , dans quelques années , le dernier haut-fourneau
de Charleroi , le H.F. numéro 4 .


J'ai eu le plaisir de participer , avec un petit groupe de membres du RMM (Rail Miniature 
Mosan ) , à une visite de  l'aciérie et de la nouvelle coulée continue de l'usine de Marcinelle.
L'ingénieur qui nous avait reçus et guidés ne pouvait dissimuler la fierté qu'il ressentait
à nous faire admirer un des outils les plus modernes de la sidérurgie européenne .
A ce moment , nul n'imaginait que , quelques dizaines d'années plus tard , ce qui est peu
pour des équipements d'industrie lourde , le H.F. 4 resterait seul debout sur un site dévasté , 
dans l'attente d'une hypothétique conservation en tant que témoin du prestigieux passé 
industriel de Charleroi....

Nous étions en mars 1992.....




L'usine de Marcinelle. Mars 1992.
© Photo Jacques Quoitin.



Usine de Thy-Marcinelle.
Le Haut-fourneau numéro 4.
© Photo Jacques Quoitin.




Usine de Thy-Marcinelle. Mars 1992. © Photo Jacques Quoitin.



Un petit speech préparatoire à la visite se donnait dans un local situé à l'étage d'un
bâtiment administratif.
Les fenêtres s'ouvraient sur l'entrée principale de l'usine , le H.F. 4 et un faisceau de voies
sur lesquelles  stationnaient des wagons chargés de mitrailles tandis qu'un couplage de
locotracteurs sortait une rame de wagons-torpilles de l'usine. 





Usine de Marcinelle. Mars 1992. 
© Photo Jacques Quoitin.


Une rame de wagons-thermos est prête au départ.
Les orifices de remplissage-vidange des cuves sont fermés pour le voyage et les 
couvercles scellés par la pose d'un ciment réfractaire à prise rapide.



De Namur à Liège...



Dirigeons -nous maintenant vers l'est  et le bassin liégeois.                    
Les voies ferrées qui vont de Namur à la Cité Ardente ont vu passer bien des FO ; c'est
le nom donné par la SNCB  à  ces convois de wagons-thermos se déplaçant à une vitesse
modérée ,  50 kilomètres à l'heure  maximum.




Namur. Grands Malades. Août 1989. FO. © Photo Jacques Quoitin.



La majorité des quelques FO  que j'ai eu l'occasion de prendre en photo étaient tractés , 
soit par des 55 de Kinkempois , soit par des 51 de Monceau .
Ils provenaient de Marcinelle (autrefois de Couillet) et parcouraient 110 km pour rejoindre
Chertal.



Moulins de Beez. 1989. © Photo Jacques Quoitin.



Ces trains étaient prioritaires : il ne fallait pas qu'un retard ou un incident quelconque
entraînent  une chute de température de la fonte jusqu'à son point de solidification.... 

De nombreuses expériences de transports à longue distance avaient été menées dans 
les années 60 , avec prise de T° à la sortie du haut-fourneau et à l'arrivée à l'aciérie.
Des convois de fonte à destination de Chertal avaient ainsi pris leur départ depuis 
des endroits divers :
Couillet (110 km) , Esch-sur-Alzette au Luxembourg (248 km) , Hagondange , au sud
de Thionville (280 km)  , Oberhausen , dans la Ruhr (162 km) ....
Et , à chaque fois , les écarts entre les températures de départ et d'arrivée se maintenaient 
dans une fourchette très satisfaisante.

Il est plaisant de relire les articles parus dans la revue "Informations SNCB" et
de constater la fierté de notre société de chemins de fer pour sa participation à 
une innovation mondiale :

En 1978 , suite à un arrêt programmé du H.F. 6 de Seraing , Cockerill et la SNCB 
mettent sur pied  un trafic régulier de wagons-thermos , chargés directement à la sortie 
du H.F. de Marchienne-au-pont , ce qui était aussi une "première", et gagnant Chertal 
par la dorsale wallonne à la fréquence de cinq rotations hebdomadaires . 
Cette aventure avait duré six semaines.
.



Beez. 1989. © Photo Jacques Quoitin.



Beez. 1989. © Photo Jacques Quoitin.



Ce qui était un exploit en 1978 est visiblement devenu plus tard une routine....




Marche-Les-Dames. Août 1993.
La 5126 en tête d'un FO.
© Photo Jacques Quoitin.


Les trois dernières torpilles de la rame illustrée ci-dessus sont vraisemblablement 
des  "Creusot-Loire" , livrées à la fin des années 70. 
ABC 150 t.
Tare 191 t.
Masse totale 336 tonnes.





Marche-Les-Dames. 19 août 1996. 5135 et FO.





Marche-Les-Dames. 24 juillet 1997. © Photo Jacques Quoitin.





Marche-Les-Dames. Septembre 1989. © Photo Jacques Quoitin.




Namèche. Avril 1991. 6266 et FO. © Photo Jacques Quoitin.




Le soir tombe sur Namèche et le manque de clarté ne permet pas d'identifier aisément
la locomotive en tête de ce FO : c'est une 62.





Sclaigneaux. Août 1989. © Photo Jacques Quoitin.




On ne peut pas toujours avoir de la chance : je viens de louper un croisement de FO ....
En regardant bien le fond de l'image , à gauche , on voit s'éloigner vers Liège la queue
d'un autre convoi de fonte...





Sclaigneaux. 26 septembre 1997.
© Photo Jacques Quoitin.



L'extraordinaire site de Sclaigneaux....




Sclaigneaux. Août 1989. © Photo Jacques Quoitin.








Château de Seilles. Août 1989. © Photo Jacques Quoitin.








Statte. 22 août 1996. © Photo Jacques Quoitin.



à suivre......

mardi 13 avril 2021

Bornes et  garde-fous ...





Le vieux chemin de fer .....

Et les si  nombreuses structures  verticales qui constituaient véritablement sa 
marque : signaux , poteaux téléphoniques , mâts d'éclairage .... 
Parmi celles-ci , bien plus modestes par leur taille mais omniprésentes : les 
bornes (ou potelets ) jouant leur rôle de supports de garde-fous.


Leur domaine d'utilisation était des plus vastes :



Rambardes sur les rampes de chargement.


Lamorteau. Quai aux marchandises. © Photo Jacques Quoitin.


Marques de limites des terrains SNCB.


Lamorteau. Le long du potager du receveur des douanes. © Photo Jacques Quoitin.



Garde-fous au droit  d'un aqueduc.



Pondrôme. Novembre 1988. 204003. Un aqueduc passe sous les voies.... © Photo Jacques Quoitin.


Chicanes d'accès à un passage sur les voies.



Lamorteau. Passage à niveau numéro 30....© Photo Jacques Quoitin.


Amélioration de la sécurité par prolongement des rambardes sur les passages supérieurs.



Vonèche. 1995. 4407. © Photo Jacques Quoitin.





Des bornes à l'échelle N .

Au vingtième siècle....


Les bornes qui équipent mon réseau miniature ont été confectionnées à partir 
de jets de plastique de section carrée 1,5 mm x 1,5 mm de la marque "Evergreen". 
(réf : 153  P1).)

Cela ne saute pas aux yeux : les bornes originales sont imperceptiblement plus
larges à leur base qu'à leur  sommet. 
Elles présentent donc  la forme d'une pyramide très légèrement tronquée.

Pour  obtenir le même aspect , je "raclais" successivement les quatre faces du 
profilé Evergreen au moyen de la lame d' un couteau X-Acto  avant de parfaire
la surface à la lime fine ou au papier de verre.







Il me fallait ensuite percer , bien en son centre , ce qui n'était pas toujours simple ,
la facette supérieure de la borne au moyen d'un foret de  0,4-0,5 mm de diamètre . 
Ce trou , destiné à accueillir un anneau de maintien , avait une profondeur de 2 à 3 mm.









Quand il fallait  confectionner un certain nombre de bornes , cela devenait une sacrée 
corvée....

A ce propos, une quarantaine d'exemplaires sont nécessaires pour les derniers modules 
de notre réseau "Vonèche" ....Il faut en effet sécuriser la piste qui longe la voie sur le
talus à l'entrée du viaduc de Thanville.

Au travail !!!!




Pondrôme. Novembre 1987. Garde-fous sur le talus , le long de la piste. © Photo Jacques Quoitin.




Au vingt-et-unième siècle...


Les temps ont cependant ( et heureusement  !!!) évolué.

Un simple petit dessin ....











....transmis à  JM (Jean-Marie Burton , du RMM ), qui va le transformer , comme par 
enchantement , en une forêt de potelets .

Vive l'impression 3D !!!

De plus , les trous sont  pré-percés et , surtout , parfaitement centrés . 
Quel gain de temps !






Le dessin de Jean-Marie est prêt pour l'impression 3D.



Pour information , JM a aussi produit de très jolies bornes pour sécuriser les bords 
de routes.







Vérification du diamètre intérieur  .
Pas de problème : ça passe !




Pour constituer l'anneau de métal dans lequel passera la barre , on fait appel à de petits
segments de fil.
Mon choix s'est porté sur un fil mono-brin de la marque Brawa .
Dénudé , il fait 0,2 mm de diamètre.









A l'aide d'une pince aux becs ultra-fins , le fil est plié de façon à former un petit étrier 
dont les branches vont mesurer  ± 3,0 mm de long.

Les extrémités des branches sont trempées dans une goutte de colle cyano-acrylate 
avant d'être introduites dans le trou de la borne. 
On veillera à ce que la portion arrondie de l'étrier , qui constituera l'anneau , émerge 
de ce trou sur une longueur de ± 1,0 mm.

Facile , pas vrai ?






De petits étriers sont formés à la pince à becs fins.






Une foule de potelets va recevoir une couche de lait de chaux...




Autrefois , les bornes étaient simplement chaulées .

Leur  décoration va donc simplement consister en l'application au pinceau de 
deux couches de blanc mat Humbrol 34.

 






Les bornes sont mises ensuite en place dans les trous percés à cet effet dans la surface
à équiper. 
Un trempage de leur base dans de la colle blanche assurera leur fixation.

Il suffira alors d'enfiler dans les anneaux un segment de corde à piano ou de laiton , ou
encore de maillechort de Ø 0,3-0,4 mm pour représenter la rambarde proprement dite.

Et voilà le travail....




Lamorteau . Marquage de limite le long du jardin du douanier.





Lamorteau. Rampe aux marchandises.





Lamorteau. Petite protection devant la porte du Block 3.





Virton-Saint Mard. Loge des piqueurs.





Lamorteau. Chicanes d'accès à un passage à niveau.